Cinéma Musique

Critique : la fête jusqu’au CLIMAX.

CLIMAX dernier film de Gaspard Noé, tranche les avis en deux : on adore ou on déteste. Pas très surprenant pour ce réalisateur qui dérange… Mais pourquoi le film est-il aussi mal reçu par les fans ?

Inspiré d’un fait divers qui se serait produit en 1996, une troupe de danseurs répète une dernière fois dans un hangar isolé entouré de neige avant leur départ pour les États-Unis. Célébrant leur travail, la fête tourne rapidement au cauchemar à cause d’une sangria à la composition incertaine. Un cocktail de violence, sexe, drogue et inceste éclate alors, comme le réalisateur a pour l’habitude de mettre en scène. Entremêlant danse et transe, Noé nous embarque une nouvelle fois dans les démons intérieurs de chaque personnage qui se révèle après l’absorption de cette boisson. Controversé par ses fans, CLIMAX serait le plus souvent interprété comme un long clip ; d’autres prétendent que ce long métrage aurait pu se résumer en quelques minutes…

Pourtant la presse le reçoit plus agréablement. Alors oui, l’intrigue est peut être moins présente et prenante que dans Irréversible ou Enter the void, mais la maîtrise de l’image cinématographique est époustouflante. Lumière, musique et jeu d’acteur suffisent à faire de ce film un long métrage qui mérite d’être vu. C’est tout simplement spectaculaire. La lumière souligne parfaitement les courbes des danseurs, les rendant démoniaques dans des danses de type rituels chamaniques. Celleci annonce rapidement la couleur : noir et rouge parfois du vert ; prédominant cette tragédie. Les prises de vue nous font tourner la tête, gesticulant dans tous les sens mais avec un seul but : celui d’intensifier le chaos et les corps qui se déchaînent.

Ode à la musique techno des années 90’s ; les Daft punk, Dopplereffekt et Supernature de Ceronne (instrumental remix) bande son du film, rythment les pas des danseurs et l’ambiance dans laquelle ils évoluent. Thomas Bangalter (un des djs des Dafts punk) a même offert le son What to do et Sangria ; un titre qui avait jusqu’ici jamais été dévoilé depuis 1995. Tel un mix, la musique s’harmonise tout au long du film entraînant avec elle nos propres sensations : une intro avec une belle attaque musicale, quelques moments plus sombres, une montée sensible jusqu’au climax et une redescente douce avec Angie des Rolling Stones. « C’est la fête ! » et ce film musicale sonne juste. Aucun faux pas, pour le casting d’acteurs-danseurs. Mené par l’actrice et danseuse Sofia Boutella, la troupe présente différentes influences musicales tel que le R’n’B, le twerk, le voguing… Réalisé en deux semaines seulement sans réel scenario, l’improvisation a été une pièce maîtresse dans la construction du film. Produit chronologiquement, Noé précise qu’il était ainsi plus facile d’emporter ses acteurs dans sa propre folie : « Mon plus grand plaisir vient de ne rien préparer ou écrire à l’avance, et de laisser au maximum les situations se créer devant moi, comme dans un documentaire. Et quand le chaos s’y installe, je n’en suis que plus heureux, sachant que cela fera des images fortes, proches du réel et non pas du théâtre »

Beaucoup de forme mais avec du fond tout de même pour celui qui veut le trouver ; le réalisateur illustre parfaitement les pulsions de vie et de mort présentent en chaque individu dont lui même : « Les joies du présent, lorsqu’elles sont intenses, nous permettent d’oublier cette immense vacuité. Les extases, qu’elles soient constructives ou destructives, en sont des antidotes. L’amour, la guerre, l’art, le sport, la danse nous semblent des justifications à notre bref passage sur terre. Et parmi ces distractions, l’une d’entre elles m’a toujours rendu particulièrement heureux : la danse. Alors, quitte à faire un film, Il m’a semblé excitant d’en faire un sur ce fait divers et avec des danseurs dont les talents m’hypnotisent. Avec ce projet j’ai pu représenter une nouvelle fois sur un écran une partie de mes joies et de mes peurs ».

Vivre est une impossibilité collective”//”Le Plaisir est fugitive”//”Naître et mourir sont des expériences extraordinaires” , le chaos permet de compter uniquement sur soi même : une philosophie qui parcours l’intégralité du film. Seules les pulsions individuelles nous permettrait d’atteindre une certaine satisfaction, voire une impression de bonheur éphémère, que celles-ci se terminent par un orgasme ou bien la mort. Un court instant d’extase à l’instar d’une routine sans adrénaline. Soulignant son patriotisme « un film français et fière de l’être », en décorant ce hangar d’un drapeau bleu-blanc-rouge qui inonde la pièce, Noé nous présente une troupe de danseurs qui symbolise la mixité culturelle de la société française actuelle, sa liberté sexuelle et son choix d’identité et de genre. Il célèbre ainsi les forces et les faiblesses d’une nation dans un bref message politique.

Critiqué par la majorité de ses fans pour son manque de profondeur mais plutôt bien reçu par la presse qui le définit comme hypnotique, CLIMAX nous emporte facilement dans un délire mêlant à la fois, danses, musiques et prises de vue renversantes. Intégrant le spectateur dans ce dernier jusqu’à son paroxysme, nous le recommandons fortement à tous ceux qui veulent vivre une expérience cinématographique finement réalisé et que vous n’êtes pas près d’oublier…

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